Le projet agricole «L’Avenir de l’Egypte» : Le désert n’est plus si désert !

Hanaa Khachaba Mardi 03 Septembre 2019-14:41:25 Chronique et Analyse
   Le projet agricole «L’Avenir de l’Egypte» : Le désert n’est plus si désert !
Le projet agricole «L’Avenir de l’Egypte» : Le désert n’est plus si désert !

Pour tenter d’accroître la production et l’exportation de fruits et de légumes, l’Egypte se lance à la conquête de ses déserts. En 2016, un nouveau projet national d’envergure est lancé. «L’Avenir de l’Egypte» est le nom de ce projet agricole situé dans le prolongement désertique de la ville du Six Octobre. Des surfaces vertes tapissent déjà de vastes parcelles de terre, de quoi grandir le plaisir des passagers empruntant l’autoroute d’Al-Dabaa, qui peuvent désormais se délecter de la vue alternée d’une magnifique moquette verdoyante et de superbes dunes de sable doré. Le désert occidental égyptien est en train de verdir...

 

 

L’idée de cultiver en plein désert ne date pas d’hier. C’est en 1997 que le coup d’envoi est donné de cultiver la dépression de Toshka située au milieu d’une étendue brûlée par le soleil, hérissée ça et là de rochers aux formes étranges.

Toshka n'est d'ailleurs pas le seul projet de bonification de terres désertiques en Egypte. Les zones est et ouest du delta, dans le nord du pays, ont été les premières à bénéficier de ces politiques. Des champs poussent en plein désert, irrigués par des sources fossiles. Le rêve de verdir ces vastes étendues de sable se renouvelait d’année en année.

Plus de 98% de la population se concentre sur 5% du territoire. En 2025, la population sera plus de 100 millions d’Egyptiens. La densité est d’autant plus importante que les terres agricoles se partagent l’espace avec les habitations. Conscient du défi démographique posé à l’Egypte, les régimes égyptiens successifs ont tenté de déclencher une expansion horizontale des surfaces cultivables, et lancé la construction de nouvelles villes loin des terres fertiles, comme Sadate ou Six Octobre.

Soucieux de laisser lui aussi une empreinte, en tentant d’accroître le territoire occupé et en étendant les surfaces vertes du pays, le Président Al-Sissi a lancé le projet de culture d’un million et demi de feddans. En 2016, l’ouvrage d’envergure est lancé. «L’Avenir de l’Egypte» est le nom de ce projet agricole situé dans le prolongement désertique de la ville du Six Octobre. Des surfaces vertes tapissent effectivement de vastes parcelles de terre, de quoi grandir le plaisir des passagers empruntant l’autoroute d’Al-Dabaa enclavée par de superbes dunes de sable des deux côtés. La population va devoir s’en réjouir autant. La production agricole devant augmenter, le prix des fruits et des légumes devrait connaître une baisse tangible.

De nombreux canaux (comme celui du canal dit Karama, la dignité en arabe) ont été creusés pour apporter de l’eau du Nil et de la branche Rosette au projet «L'Avenir de l’Egypte dont le premier chantier fut installé dans une région appelée Birqas.

Théoriquement, ce projet devait commencer en 2010, lorsque la Banque mondiale était prête à assurer le financement nécessaire. Or, le projet s’était arrêté suite à la révolution contre le régime de Moubarak en 2010.

Le Président Al-Sissi a donné l’ordre de ressusciter le rêve, cette fois-ci, à l’aide d’un financement 100% égyptien. Surnommé «le projet du siècle»,  «L'Avenir de l’Egypte» permettra à la terre des Pharaons d’effectuer de manière accélérée de nets bonds dans le domaine agricole.

Les investisseurs ne sont plus réticents. 70 investisseurs travaillent pour cultiver un million de feddans, dotés de 1200 dispositifs d’irrigation. Ce projet consiste à créer une nouvelle communauté ex nihilo à quelques dizaines de kilomètres de la ville du Six Octobre. L’originalité du projet tient au fait qu’il s’appuie à la fois sur l’irrigation de nouvelles terres à vocation agricole et sur le développement d’une nouvelle communauté autonome et économiquement dynamique, loin des centres traditionnels. Dans le même temps, les opportunités d’embauche devraient permettre de déplacer quelques millions de personnes dans cette nouvelle «terre promise».

Le projet est également doté d’une grosse centrale d’énergie électrique à capacité de 500 mégawatts. Près de 170 mille feddans ont déjà été cultivés, par une main-d’œuvre active et ambitieuse, travaillant sous une devise des plus belles «on ne va pas dormir afin de voir le désert verdir».

Les responsables du projet ont annoncé leur objectif : cultiver 8 millions de feddans à commencer du début de l’autoroute d’Al-Dabaa jusqu’à Al-Alamein. Les cultures devraient ensuite s’étendre à longueur du désert occidental jusqu’au voisin libyen.

Ce qui est aussi intéressant dans ce projet est une de ses nombreuses appellations, celle «du projet de l’unité arabe». En roulant sur l’autoroute d’Al-Dabaa, on peut voir de grandes pancartes sur le côté de la route portant des noms de pays arabes. Le voyageur pourrait lire le suivant «la route de l’Arabie Saoudite», «la route du Koweït», «la route du Soudan», «la route de Bahreïn», et d’autres pancartes

portant le nom de pays arabes, histoire d’affirmer le principe d'unité arabe qui devrait se cristalliser par, entre autres, l’augmentation des échanges commerciaux panarabes.

 

Les scientifiques sont désormais unanimes, notre civilisation tend inexorablement vers sa disparition, et l'espèce humaine même pourrait être menacée si la surpopulation dépassait un seuil critique. Des pistes pointent ainsi désormais vers la transformation du désert pour réoccuper des espaces inexploités. Avec la hausse de la population et le réchauffement climatique qui amènera sècheresses et autres troubles, l’homme devra sérieusement penser à de nouvelles solutions lui permettant de continuer à occuper les espaces déjà utilisés, mais aussi à envisager de reconquérir certains milieux pas assez exploités.

C'est ainsi le cas avec les zones désertiques qui pourraient être repeuplées grâce à un processus de terraformation, comme l'a imaginé l'architecte Stephane Malka. Son projet se présente sous la forme d'une véritable plateforme roulante digne des films de science-fiction. Une plateforme qui proposerait suffisamment d'espace pour accueillir des colonies humaines nomades.

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